BIOGRAPHIE MARTIN LUTHER KING

Le baptiste le plus connu au monde sans doute pour son engagement sociétal.

Né en janvier 1929 à Atlanta en Géorgie, ce pasteur baptiste afro-américain meurt assassiné le 4 avril 1968 à Memphis dans le Tennessee.

Second enfant de Martin Luther King senior, lui-même pasteur baptiste, il fait ses études de théologie dans l’Amérique ségrégationniste. L’époque est marquée non seulement par une stricte ségrégation inscrite dans la législation des états du Sud, mais par une recrudescence de meurtres racistes et l’impunité de leurs auteurs, de sorte que la population noire ne peut éluder la question raciale au niveau de ses interrogations existentielles. King est convaincu que l’évangile a une réponse à apporter à ses frères de race préférable à la révolte mais aussi à la résignation, et que la non-violence, qui a caractérisé l’attitude du Christ lors de sa passion et par la suite celle de ses disciples, est la clé d’une solution chrétienne à une situation insupportable.

En pratique, il adhère aux thèses de la désobéissance civile non-violente telles qu’elles ont été théorisées par Henri David  Thoreau avant d’être appliquées avec succès par Gandhi. Assez vite l’influence qu’il exerce sur les Afro-américains rencontrera la concurrence d’un autre mouvement de défense des droits des noirs, prônant la violence,  voire la révolution, conduit notamment par l’activiste Malcolm X, lequel ne cesse de critiquer les décisions prises par MLK en le taxant de mollesse et de compromis. A la voie de la résistance non-violente est progressivement proposée l’alternative du Black Power (le Pouvoir noir) et des Black Panthers, ce qui par contraste souligne l’inspiration chrétienne dans laquelle il maintient coûte que coûte (et cela coûte cher en souffrances !) son mouvement.

MONTGOMERY : LE DROIT D’USAGE DES BUS

En 1953, il devient le pasteur d’une église baptiste à Montgomery dans l’Alabama. C’est dans cette même ville qu’il est amené à conduire son premier combat pour les droits civiques  deux ans plus tard avec l’affaire des bus de Montgomery. Rosa Parks, une femme noire, refuse de céder sa place à un homme blanc, violant ainsi une loi de la ville : elle est arrêtée. King mène alors le boycott des bus de la ville. Un système de covoiturage est organisé.  Outre l’arrestation du pasteur, la réponse des ségrégationnistes est terroriste : bombes incendiaires contre les domiciles  de Martin Luther King et du pasteur Abernathy qui lutte à ses côtés, et contre quatre églises. Mais la fermeté finit par payer après plus d’un an, et la Cour suprême des Etats-Unis finit par déclarer illégale la ségrégation dans les lieux publics.
Comme prévu, et avec le soutien du président Kennedy, les protestations non violentes contre le système de ségrégation du sud bénéficient d’une grande couverture médiatique.  Le spectacle des humiliations quotidiennes des Afro-américains, celui du harcèlement violent des ségrégationnistes contre les militants produisent un courant de sympathie au sein de l’opinion publique pour le mouvement des droits civiques.
En 1958, il échappe une première fois de peu à la mort, poignardé par une femme noire déséquilibrée, qui l’accuse d’être un chef communiste.

ALBANY : ECHEC AU SHÉRIFF PRITCHETT

En 1961 et 1962 à Albany en Géorgie, King a à déjouer l’habileté du shériff local Pritchett qui procède à des arrestations massives sans violence suivie d’une dispersion des prisonniers. Il est interpellé lors d’une arrestation massive et, condamné l’année suivante, choisit la prison mais est libéré discrètement après trois jours par Pritchett. Le mouvement s’essouffle et dérappe : de jeunes noirs caillassent la police. Martin Luther King et proclame un « jour de pénitence » pour promouvoir la non-violence.

BIRMINGHAM : OÙ LA RAGE RÉPRESSIVE MONTRE SES LIMITES

King tirera à Birmingham les leçons de son insuccès relatif à Albany en ciblant davantage la lutte sur des objectifs précis. Plus grande ville de l’Alabama, Birmingham est aussi une de celles des Etats-Unis où la ségrégation raciale est la plus féroce et diversifiée. La population noire y est maintenue dans l’indigence, et 50 attentats racistes non élucidés lui ont créé une sinistre réputation. Un boycott est lancé pour obtenir l’ouverture aux noirs d’emplois réservés aux blancs, appuyé de sit-in, d’agenouillements de personnes de couleur dans les églises réservées aux blancs, en vue de provoquer des arrestations. Arrêté le 13 avril 1963, MLK reçoit le soutien direct du président Kennedy et est libéré. La férocité de la répression culmine suite à la décision controversée (critiquée par Robert Kennedy et par l’activiste Malcom X), de recruter des enfants entraînés à participer pacifiquement aux manifestations.  Des chiens sont lâchés contre les enfants. Les scènes de violence policière entraînent des réactions internationales. La Garde nationale doit intervenir et finalement le maire démissionne, mais des attentats à la bombe ont visé MLK et son frère, et l’un d’eux contre l’église baptiste a tué 4 jeunes filles noires et blessé 22 personnes.

LA MARCHE SUR WASHINGTON

Une marche sur Washington pour le travail et la liberté est organisée pour fin août 1963 par les grandes organisations pour les droits civiques. En tant que l’un des dirigeants, Martin Luther King choisit, selon le vœu du président Kennedy, qui craignait un impact négatif de la marche sur le vote de la loi sur les droits civiques,  d’édulcorer les motivations initialement prévues de la marche, prêtant ainsi le flanc aux critiques de Malcolm X qui dénonce « la farce sur Washington ». La marche est un énorme succès. C’est à cette occasion qu’il prononce l’illustre discours « I have a dream », exprimant l’espoir de voir une Amérique fraternelle.

SUCCÈS ET TEMPÊTES DANS UNE AMÉRIQUE ÉBRANLÉE

Le 22 novembre de cette même année 1963, rappelons-le, le président Kennedy est assassiné et on imagine le désarroi de l’opinion au milieu de circonstances tragiques et qui encore aujourd’hui prêtent à controverse. Cependant son successeur, Lyndon B. Johnson poursuit la même ligne de soutien au combat des afro-américains pour les droits civiques, et le mouvement engrange les succès résultant des luttes passées : C’est l’administration de Lyndon B Johnson qui fait voter la Loi sur les Droits Civiques (juillet 1964), puis la Loi sur le Droit de Vote (1965), et qui en recueille le bénéfice politique,  mais peu importe aux principaux bénéficiaires qui voient ainsi couronnés leurs efforts et surtout leur endurance face aux vexations subies.
Quant à Martin-Luther King, le 14 octobre 1964, il est couronné par le Prix Nobel de la paix dont il devient le plus jeune lauréat, pour avoir mené une résistance non violente dans le but d’éliminer les préjudices raciaux aux Etats-Unis.
Mais tout est loin d’être acquis. D’autres luttes sont encore nécessaires et de terribles souffrances devront être endurées

–    A St Augustine, pour faire respecter la déségrégation dans les écoles (mai et juin 1964). Des manifestants sont jetés à la mer par la police et par les ségrégationnistes et manquent de se noyer. Des manifestants se jettent dans la piscine d’un motel interdite aux noirs : la photo du propriétaire versant de l’acide chlorhydrique dans la piscine fait le tour du monde et est même exploitée par la propagande communiste.

–    A Selma (Alabama) pour l’inscription des électeurs sur les listes électorales (mars 1965). Un cortège de militants est arrêté et repoussé violemment à coups de matraques et de gaz lacrymogène (le Bloody Sunday) : les reportages montrant les violences policières gagnent le soutien du public et Martin Luther fait reconnaître légalement le droit de manifester. Mais le jour même de la marche sur Montgomery, une militante blanche des droits civiques est assassinée par le Ku Klux Klan.

A partir de 1966, l’engagement de MLK évolue et les combats de ses dernières années, un peu moins connus, l’entraîneront dans des directions un peu différentes :
–    Avec d’autres organisations de défense des droits civiques, il veut étendre le mouvement vers le nord, et particulièrement Chicago.
–    Ses objectifs prennent une coloration plus précisément sociale (lutte contre la pauvreté) et politique (mais non politicienne : contre la guerre du Viet Nam).

UNE DÉMONSTRATION D’APOSTOLAT : CHICAGO

Avec Ralf Abernaty et avec sa famille, il déménage vers les bidonvilles de Chicago pour montrer leur soutien des pauvres. Humainement, cette expérience a été particulièrement pénible pour la famille de King, notamment pour son épouse, Coretta Scott King.

Des tests mettent en évidence les pratiques discriminatoires des sociétés immobilières qui attribuent les logements prioritairement en fonction de la couleur de peau. Des marches pacifiques sont organisées, mais l’accueil est pire que dans le sud et les foules haineuses. Martin Luther montre sa modération, mais tient ferme malgré les menaces de mort sur sa personne. Mais tout cela est-il payant ? La mairie fait des promesses et signe des accords qui restent lettre morte. L’épreuve de la vie en taudis est menée à son terme.
C’est à ce moment qu’apparaît Jesse Jackson, alors jeune séminariste, et qui aujourd’hui encore est l’héritier spirituel et le continuateur de Martin Luther. Il organise des boycotts réussis et poursuit l’œuvre de King après leur retour chez eux.

CONTRE LA GUERRE DU VIETNAM

Ces années sont marquées, rappelons-le, par un engagement croissant des Etats-Unis dans la guerre au Viet Nam que Kennedy n’avait fait qu’ébaucher, mais que son successeur amplifie fortement. Les réticences de Martin Luther ne font que croître, mais non sans raison il hésite longtemps à s’exprimer, ce qu’il ne fera de manière argumentée qu’un an avant sa mort, retournant contre lui, après les blancs racistes des états du sud, de nombreux médias qui l’accusent de relayer la propagande d’Hanoï. Il dénonce une occupation « colonialiste » du Sud Viet Nam et s’en prend au gouvernement américain « le plus grand fournisseur de violence dans le monde d’aujourd’hui » ; il déplore un système totalement indifférent à provoquer des améliorations sociales dans les pays où il réalise des investissements colossaux. Prenant au sérieux la promesse du président Johnson d’une « guerre contre la pauvreté », il considère le financement consenti au Viet Nam comme incompatible avec cet objectif. Non seulement il accuse son pays d’une hécatombe de Vietnamiens « surtout des enfants », mais il va jusqu’à déclarer que les Etats-Unis sont du mauvais côté de la révolution mondiale.  « Pourquoi les Etats-Unis répriment-ils au lieu de soutenir les révolutions des peuples pieds nus et sans chemise du tiers monde ? ».

Ces propos reflètent une évolution politique de leur auteur dans ses dernières années, dans un sens progressiste. Il exprime, surtout en privé le besoin de redistribuer les ressources pour corriger les injustices raciales et sociales, voire un soutien au socialisme démocratique. Naturellement, il reste opposé au communisme à cause « de son interprétation matérialiste de l’histoire » qui nie la religion, son « relativisme ethnique » et son « totalitarisme politique ».

LA CAMPAGNE DES PAUVRES

A partir de novembre 1967, King et son équipe (mais d’autres leaders du mouvement des droits civiques ne le suivent pas) organise une campagne afin de lutter pour la justice sociale. Cette « seconde phase dans le mouvement des droits civiques » visait à lutter contre la pauvreté d’où qu’elle vienne, et pas seulement à la défense des Afro-Américains. Il œuvre à rassembler une « armée multiraciale des pauvres », en vue d’une marche sur Washington pour demander un programme d’emplois  gouvernementaux pour reconstruire les villes américaines. Lancée en mai, la  campagne culmina avec une marche sur Washington, sans atteindre ses objectifs. Ce fut sans MLK, assassiné entretemps.