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Robert Somerville (1930 – 2023 ) : grande figure du protestantisme contemporain

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Robert Somerville (1930 – 2023 )

 

Aujourd’hui dans notre galerie des baptistes remarquables,  nous rencontrons un authentique breton, (et comme tel fortement attaché à ses racines !),  mais aussi (et d’abord), un fidèle serviteur du Christ, et une personnalité reconnue du baptisme français (et d’abord plus particulièrement de la Fédération baptiste), ainsi que,  plus largement du protestantisme français.

1 – Les antécédents familiaux et ecclésiastiques :

Robert Somerville s’inscrit dans une tradition qui remonte au milieu de XIX° siècle, où des missionnaires baptistes vinrent apporter la Bonne Nouvelle à leurs frères celtes de Bretagne. La consigne est alors de réfuter les « hérésies papistes ».Soulignons qu’il s’agit là d’une époque antérieure à celle du fameux Réveil du pays de Galles (dont nous avons parlé dans la biographie consacrée à Ruben Saillens que vous pouvez consulter par ailleurs dans cette section) qui pour sa part se situe au début du XX° siècle (en 1904). De leur ministère ont résulté des communautés nécessairement modestes en effectifs, dans une région où un catholicisme sourcilleux est pratiquement constitutif de l’identité. Mais ces églises baptistes, bien qu’en butte longtemps à une opposition virulente et peut-être précisément pour cette raison, sont  restées remarquablement vivantes. Nous avons eu l’occasion de signaler, très tôt dans le développement du baptisme français, (1834) la naissance de cette « poche » isolée et un peu inattendue, en pleine Bretagne, dans la région de Morlaix qui est justement la patrie de Robert Somerville.  On voit que les racines bretonnes déjà signalées  à son propos comportent une composante plus largement celtique qui les renforcent.

Et les origines familiales ne font que confirmer ce fait : Le grand-père de Robert, breton, était  d’origine irlandaise et galloise, avec  de fortes convictions républicaines et anticléricales. Tôt orphelin semble-t-il, celui-ci fut adopté par une tante croyante, elle-même épouse du premier pasteur breton évangélique de Morlaix, et traducteur de la Bible en breton. C’est à son contact que le grand-père de Robert se convertit et est à son tour devenu pasteur, dans un contexte encore très tendu (il était fréquemment poursuivi à coups de pierre). A sa suite son fils, le père de Robert, est aussi devenu pasteur baptiste : il prêchait encore, en breton, en 1955. Le climat religieux cependant  commençait à s’éclaircir, et il put établir des relations apaisées avec certains catholiques, notamment avec le professeur de philosophie de Robert.

2 – Jeunesse et formation :

Je ne peux rien dire de précis sur l’enfance, ni sur l’expérience du salut en Jésus-Christ faite par le jeune Robert non plus que sur son baptême. Il était certes bien placé pour que cette expérience fût précoce et déterminante. Cependant, il dut bien prendre personnellement la décision qui est à l’origine de son engagement. Et à la lumière de ce qui a été son cheminement, on peut je pense présumer que la conscience de la grâce de Dieu y a joué un rôle prépondérant, et aussi qu’il s’est  inscrit très tôt dans une démarche, non pas de controverse avec  son environnement socio-culturel, comme cela avait été le cas dans les générations précédentes, mais plutôt d’effort d’empathie et de rencontre exigeante. Du fait des circonstances (la Seconde Guerre Mondiale !), il est très précocement  appelé à s’engager. Sa connaissance de l’anglais fait qu’il est mobilisé au contrôle des télégrammes, et on relève qu’il s’entendait très bien avec son commandant, un jésuite.

Son adolescence a été marquée par un événement traumatique : le 29 janvier (il devait avoir 12 ans), il assiste au bombardement de Morlaix qui a marqué sa mémoire de visions d’horreur.

Après la guerre, sa vocation est déjà fixée : il entame pour sept années des études supérieures en Grande-Bretagne.  A Glasgow d’abord, il fait des études de Lettres, puis c’est au Regent’s Park Collège d’Oxford (un Collège baptiste), qu’il fait sa théologie. Mais il suit aussi des cours donnés par des théologiens anglicans qui sont fréquentés par des chrétiens de différentes confessions.

Dès sa jeunesse aussi, dans le cadre de ses loisirs, il s’avère un navigateur passionné, n’étant pas breton pour rien !

A la suite de ses études, il fait son service militaire : c’est l’époque de la guerre d’Algérie où il est envoyé. A ce propos, il déclare être particulièrement « reconnaissant à Dieu de n’avoir jamais eu à tirer sur un homme. »

3 – Le pastorat :

Il exerce le pastorat pendant quarante ans. De ses divers engagements, c’est celui qui a structuré sa vie et celui qu’il a sans doute préféré.

Il est d’abord nommé pasteur à Antony, dans la banlieue sud de Paris, où il reste onze ans.

Il est marié. Avec sa femme, Nicole, ils ont cinq enfants.

Pendant son pastorat, notamment dans les années soixante, la ville d’Antony, déjà considérablement développée dans l’entre-deux-guerres, s’agrandit encore pour recueillir les rapatriés d’Algérie.

Vers la fin de son ministère, de 1980 à 1986, il est pasteur au Tabernacle de Paris (voir à ce sujet la notice sur Ruben Saillens dans notre rubrique).

Sa marque personnelle, c’est qu’il est un prédicateur inlassable de la grâce. En 1998 ; il publie du reste sa confession de foi, au titre significatif : « Accrochez-vous à la grâce de Dieu. ». Il en affirme la primauté : « A l’origine se trouve toujours la grâce énoncée dans l’Evangile. Je crois parce que l’Evangile de la grâce de Dieu m’a touché. Ma future femme m’a dit oui, mais parce que je lui ai parlé le premier. Avec Dieu, c’est un peu pareil. ». Et il développe : si on traite avec Dieu avant d’avoir cru à sa grâce, cela ne peut s’apparenter qu’à du marchandage. Le catholicisme est un peu tombé dans ce travers selon lui. Mais si on a reçu la grâce, on peut accepter aussi ses commandements. Les dix commandements portent en exergue : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte ». Les commandements ne viennent qu’après.  La réponse de l’être humain n’est pas un effort méritoire, de la morale, pour accéder au salut, mais l’attitude reconnaissante de celui, ou celle qui jouit d’une magnifique délivrance.

4 – L’enseignement : « Bob » et l’exigence de limpidité :

Sa fonction de pasteur à Antony le met à même d’exercer en parallèle, et pour de longues années, la fonction de directeur de l’école pastorale baptiste de Massy, qui n’est pas très loin de là (devenu depuis 1987 le Centre de Formation évangélique « Les Cèdres »). Il a enseigné aussi à l’Institut Biblique de Nogent (fondé par Ruben Saillens déjà cité).  Mais les évangéliques de France, qu’on avait tendance à regarder avec condescendance et qui ne pouvaient à perpétuité dépendre des facultés anglo-saxonnes, aspiraient depuis longtemps à un établissement d’enseignement de niveau universitaire, et cela a pu être réalisé avec la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine dans les années 60. Le niveau d’études de Robert Somerville le désignait pour en assurer la direction, ce qu’il a fait avec l’autorité intellectuelle qui est la sienne, mais aussi avec la simplicité dont témoigne le surnom de « Bob » que lui ont donné ses étudiants. A Vaux, il a assuré l’enseignement d’éthique chrétienne. Il n’est pas étonnant qu’un de ses principaux ouvrages soit un Commentaire en deux volumes de la Première Epitre de Paul aux Corinthiens, un texte qui aborde de nombreux et divers sujets très pratiques en ce domaine. Ce choix témoigne bien de son sens du concret. Ses principales qualités pédagogiques sont autant la puissance de raisonnement et de communication que l’humilité. Mais ce qui caractérise par-dessus tout son enseignement, c’est la clarté, une limpidité qui peut déconcerter tant elle dissimule la profondeur. Ses synthèses de fin de congrès restent dans les mémoires, pour leur clarté.

5 – Les fonctions de présidence et autres :

Outre la présidence de la Faculté de Vaux (Henri Blocher exerçant alors la fonction de Doyen), simultanément ou en périodes décalées, Robert Somerville a exercé au fil des années de multiples fonctions de présidence au sein de la Fédération Baptiste, et plus largement du mouvement évangélique et du protestantisme français. Il a exercé celle de la Fédération (FEEBF), celle de l’Action Sociale évangélique (ASEV) dont il est co-fondateur, a été vice-président de la Fédération Protestante de France (FPF) ». Par ailleurs, il participe aussi, tout naturellement, à la Commission d’Ethique de la Fédération Protestante de France. Mais cet homme de partage et de consensus, caractérisé en tout par sa bienveillance, émet à ce propos des réserves : « Hélas, la fonction de présidence n’a pas ma préférence (parmi celles que j’ai exercées). Un des rôles du président, c’est de recevoir des coups, d’être mal compris. Ça n’a pas été dramatique dans mon cas mais ce n’était pas toujours une partie de plaisir ». 

Robert Somerville s’est doté, nous l’avons dit, d’une formation anglophone poussée. Celle-ci a été bien utile au protestantisme français. Il a eu l’occasion de faire beaucoup de traductions simultanées, « un exercice épuisant, dit-il, mais passionnant ». Lorsque Martin Luther-King vient en France en 1964, c’est lui qui le traduit, au cours d’une seule journée mémorable ponctuée par une conférence à Paris et une visite au siège de la Fédération protestante de France. Traduction facilitée par le fait que le champion des droits civiques écrivait ses discours in extenso. Le traducteur retient de lui sa puissance de raisonnement et de communication : « Il croyait ce qu’il disait ». Et aussi son humilité. En 1986, lorsque Billy Graham vient à Paris, c’est encore lui qui fait une traduction dont on a souligné la fluidité. De Billy Graham aussi Robert Somerville signale l’humilité, l’accessibilité.

Homme de bienveillance, Robert Somerville est allergique à tout ce qui est brutal. C’est ainsi qu’il se reconnaît plus en phase avec la mentalité britannique qu’avec la mentalité américaine, laissant trop de champ libre aux puissances de l’argent et sacralisant la liberté à outrance, y compris celle de porter des armes à feu et de s’en servir. Notons que ce jugement date d’avant la présidence de Donald Trump.

Robert Somerville est à la retraite depuis 1993. En 1996, il a pu retrouver sa chère Bretagne, voire la faculté de se livrer à la navigation. Aussi longtemps que sa santé lui en a laissé le loisir, il s’est imposé une demi-heure de marche quotidienne dans sa baie de Morlaix, tout en continuant de travailler à l’écriture de certains ouvrages.

Il s’éteint en juillet 2023 à Morlaix.

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Ma source a été l’article de Philippe Malidor : « Robert Somerville, un homme de bienveillance »  paru dans « Réforme » du 6 septembre 2012

 

Texte écrit par Jean-Claude MEYLAN

Source photo : Regards protestants